Si ce collier de rubis et de diamants est si fascinant, ce n’est pas seulement à cause de la beauté des pierres, ni de l’originalité de la monture. C’est parce qu’il se dit, sans que cela soit prouvé officiellement, qu’il a appartenu à une des dernières reines d’Egypte, la reine Nazli. Et que la reine Nazli est un personnage de roman, héroïne d’une histoire plus tumultueuse que celle que n’importe quel romancier oserait écrire.

Nazli Sabri, en effet, fut une des dernières reines « enfermées », en tout cas en Egypte. Elle fut aussi une des femmes les plus riches, les plus couvertes de bijoux et les plus belles. Elle connu la royauté et l’exil, le faste de la cour égyptienne et les duretés de l’exil, durant lequel elle dû vendre la plupart de ses bijoux.

Le collier de rubis et de diamant de Cartier, en date de 1935

Le collier de rubis et de diamant de Cartier, en date de 1935

Nazli Sabri était une jeune fille de la haute société égyptienne

Descendante de hauts dignitaires turcs, elle était aussi l’arrière petite-fille de Soliman Pacha, un soldat de Napoléon qui resta en Egypte, se convertit à l’Islam, épousa une égyptienne et fut employé par le sultan pour réformer son armée. Devenu généralissime de l’armée d’Egypte en 1833, il rentrera finalement en France en 1845, où Louis-Philippe le fait Grand Officier de la Légion d’Honneur.

La jeune Nazli Sabri

La jeune Nazli Sabri

La petite Nazli, qui nait le 25 juin 1894 a donc grandi dans une famille francophile, qui l’envoie à l’école chez les soeurs, au Caire, puis à Alexandrie, enfin à Paris, pour deux ans, avec sa soeur.

Pendant ces deux années de pensionnat, en pleine Belle Epoque, elle découvre la liberté parisienne, la mode aussi, une façon de vivre à l’occidentale qu’elle appréciera toujours.

Nazli était aussi une véritable beauté. Le mystère plane sur son premier époux, un aristocrate égyptien dont elle divorça extrêmement rapidement. Fallait-il « respectabiliser » la jeune fille ? Simplement l’éloigner d’un français trop séduisant et qui aurait été inacceptable comme époux ? Il est fort probable qu’on ne le saura jamais.

La première guerre mondiale arrive, et l’Égypte commence à s’agiter et à tenter de se débarrasser du colon anglais. Nazli tombe amoureuse de Saïd Zaghloul, le neveu du grand leader indépendantiste Saad Zeghloul.

L’attirance est réciproque, les deux jeunes gens sont sur le point de se marier, mais la politique les sépare. Les Zaghloul doivent fuir l’Egypte, Saad sera même déporté à Malte pendant plusieurs années.

Quand Saïd rentre en Egypte, il trouvera Nazli mariée et reine.

Epouse de Fouad I° et reine d’Egypte

Le roi Fouad I° d'Egypte

Le roi Fouad I° d’Egypte

Même en ces temps pré-révolutionnaires, la volonté d’un roi s’imposait d’une façon quasi-absolue à ses sujets.

Au printemps 1919, le roi Fouad aperçoit Nazli lors de la représentation d’un opéra. Il a vingt-cinq ans de plus qu’elle, une première épouse, Shivakiar Khanum Effendi, dont il a déjà divorcé, en 1898, après qu’elle lui ait donné deux enfants, Ismaïl et Fawkia. Il n’est pas très grand, déjà fort arrondi, mais il est le roi, et quand il « demande » à Nazli de l’épouser, le 12 mai 1919, celle-ci sait que sa vie va changer, complètement, mais n’a pas le choix. Le 26 mai 1919, le mariage est célébré au palais Boustan.

Et Nazli part directement dans le harem. Elle est logée dans un palais annexe, même pas au palais Koubbeh, quasiment ravalée au rang de concubine tant qu’elle n’aura pas donné naissance à un fils.

Nazli d'Egypte, le jour de son couronnement

Nazli d’Egypte, le jour de son couronnement

Heureusement pour elle, elle donne très vite naissance à ce fils, Farouk, le 11 février 1920, et elle emménage au palais Royal. Elle reçoit le titre de Reine, mais elle est une reine « cachée », restreinte à l’intérieur du Palais, ne faisant que de très rares apparitions à l’extérieur, pour des opéras ou des expositions « pour les femmes ». Elle participe aussi à un voyage en Europe, où Fouad utilise ses racines françaises pour capter la sympathie de la France.

Elle qui avait connu la vie parisienne se sent enfermée, étouffée dans le harem, même si il se trouve au Palais Royal. Cette prison dorée l’ennuie et ne correspond pas à la vie qu’elle aime.

Le couple ne s’entendait pas très bien. Quand ils se disputaient, il arrivait régulièrement que le roi la gifle et la consigne dans ses appartements pour des semaines entières. On dit même qu’elle a tenté de se suicider, une fois, avec de l’aspirine !

Dans les rares occasions où elle apparait en public, elle est richement parée, le trésor d’Egypte est un des plus importants. Elle porte aussi des bijoux modernes, comme cette parure, pour son couronnement, ou le très célèbre collier de diamants, représentant deux roses, avec ses boucles d’oreilles assorties :

 

Deux roses en diamant, un collier exceptionnel

Deux roses en diamant, un collier exceptionnel

Après Farouk, elle donne naissance à quatre filles, Faouzia, qui sera la première épouse du Shah d’Iran, Faiza, Faika et Fathiya (et « foui », tous les prénoms commencent par F, une tradition censée porter bonheur).

La reine Nazli, le roi Farouk et la princesse Fathiya

La reine Nazli, le roi Fouad et la princesse Fathiya

Sur cette – rare – photo de famille où elle pose, le long du Nil sans doute, avec son mari et sa dernière fille, Fathiya, on voit une très belle femme, majestueuse, un peu mélancolique, et très élégante.

Une femme moderne, avec un homme en costume moderne aussi, rien qui évoque la réclusion dans les harems, la restreinte, l’empêchement de vivre normalement, alors que nous sommes en plein vingtième siècle. Et pourtant, c’était sa vie, avec un homme plus âgé qu’elle et sans doute peu aimant.

Mais elle a la possibilité de plonger dans la cassette, et fait réaliser de superbes bijoux, sur commande. La tiare que sa fille Fawzia porte pour son mariage, réalisée par Van Cleef et Arpels, est l’un de ceux là.

Le 28 avril 1936, Fouad décède. Une nouvelle vie va commencer pour Nazli.

Le veuvage et l’émancipation

Veuve, Nazli reçoit le titre de reine mère. Ses relations avec son fils, le roi Farouk I° sont assez rapidement tendues. En effet, Nazli compte bien faire usage de la liberté dont elle a été si longtemps privée. Sans que cela soit officiel, on lui prête des liaisons.

Surtout, elle étouffe dans cette Egypte pas si moderne que cela. Le titre et les obligations de reine mère lui pèsent. Elle prend prétexte d’ennuis de santé pour partir aux Etats-Unis en 1946. Elle s’y envole, accompagnée de ses deux plus jeunes filles, Fakia et Fethiye.

La reine Nazli et les princesses Faika et Fethiye, à la sortie de l'avion.

La reine Nazli et les princesses Faika et Fethiye, à la sortie de l’avion.

On la voit ici à la sortie de l’avion, encore une très belle femme – elle a alors cinquante-deux ans. Le fait que les princesses soient vêtues à l’identique est assez amusant.

Pendant quelques temps, elle va faire des aller-retour en Egypte, avant la rupture complète avec son fils.

Les Etats-Unis, refuge et terre d’épreuves

C’est par Fethiye, appelée aussi Fathia, que le scandale arrive. En effet, malgré le refus de son frère, le roi, celle-ci épouse Riyad Ghali Effendi, un copte qui s’était pourtant converti à l’Islam.

Le roi est furieux ; il prive sa mère de son titre et de toutes ses possessions en Egypte, comme Fethiye. A partir de ce moment-là, la famille va se débattre dans des difficultés financières croissantes.

Les photos qui les montrent en people, assistant à des événements de la bonne société ne doivent pas faire illusion : Fethiye fera même des ménages pour gagner sa vie, et la reine Nazli déménagera dans un quartier pauvre de Los Angeles, Westwood.

La princesse Fethiye et Ryiad Ghali son époux, avec la reine Nazli

La princesse Fethiye et Ryiad Ghali son époux, avec la reine Nazli

Le couple a trois enfants. Mais les difficultés de la vie ont raison de leur mariage, ils divorcent en 1973.

Entretemps, la reine Nazli s’est convertie au christianisme : rappelez-vous qu’elle a été élevée par les soeurs, dans sa jeunesse ! Elle se fait désormais appeler Marie-Elisabeth.

Malgré tout, la reine, qui est allée en Egypte en 1956, pour assister aux funérailles de Farouk, souhaite rentrer en Egypte. Elle fait la demande d’un passeport égyptien pour elle et ses filles au président Sadate, qui le lui accorde. Le jour de leur départ, le 10 décembre 1976, Ryiad Ghali, qui était un « problème » pour le retour de Fethiye en Egypte, ne supporte pas son départ. Il la tue d’un coup de pistolet, puis échoue à se suicider.

Nazli restera finalement aux Etats-Unis, à Los Angeles, où elle mourra le 29 mai 1978.

Les bijoux de Nazli

Tant qu’elle était reine d’Egypte, Nazli était connue pour posséder une des plus belles collections de bijoux. Cette collection était composée de bijoux traditionnels, anciens, tout autant que de création modernes, par les plus grands bijoutiers de l’époque : le collier Cartier, les bijoux du couronnement, le collier de diamants aux deux roses, et les boucles d’oreilles qui allaient avec la parure.

La plupart de ces bijoux ont été vendus pendant les années difficiles. Si une vente aux enchères a eu lieu, d’autres – la majorité ? – ont été cédés discrètement, de gré à gré. Il reste quelques uns d’entre eux dans les musées égyptiens, mais beaucoup ont disparus dans les collections privées.

Certains ressortent lors de vente aux enchères… sans obligatoirement être identifiés comme tels, toujours par souci de discrétion des vendeurs.

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